mardi 17 mars 2015

Mandrake un peu plus orphelin...




Fred Fredericks a été le dessinateur "attitré" du personnage de Mandrake le Magicien pendant presque un demi-siècle (il avait repris le personnage en 1965, adoubé par son créateur, le scénariste Lee Falk, et son dernier "strip" quotidien était paru en 2013.)


Lee Falk (à gauche) et Fred Fredericks, lorsque ce dernier reprend le personnage en 1965


Il n'avait certes pas le génie graphique du premier dessinateur du personnage, le grand Phil Davis (lequel se faisait d'ailleurs assister par son épouse pendant sa mobilisation et ensuite son style avait beaucoup changé), mais il avait fait évoluer le personnage vers une forme stylisée immédiatement reconnaissable, assez élégante même si on sentait la rapidité du trait.
Un peu raide parfois, son Mandrake conservait quand même une certaine "allure".

Ci-contre à droite, une "posture" signée Fredericks à la fin des années 60, qui aura marqué durablement la perception du personnage.


Les lecteurs français, comme moi, l'ont souvent découvert à travers la publication hebdomadaire dans le Journal de Mickey (qui reprenait essentiellement les bandes parues aux USA en format grandes planches hebdomadaires dessinées par Fredericks) ou bien dans les parutions des Editions des Remparts (maison d'édition lyonnaise), qu'on trouvait souvent dans les années 70 dans des pochettes soldées et dont on échangeait les fascicules.  (il s'agissait de reprises d'éditions italiennes - Opera Mundi - très très trafiquées et remontées, au détriment de la qualité de reproduction - à l'exception notable des "planches du dimanche" offertes en fac-similé dans la dernière mouture du magazine Mandrake, vers 1977-78…)
Les seules vraies rééditions des aventures de Mandrake en France, on les doit à Futuropolis en 1980, en format à l'italienne. Mais il s'agissait uniquement des bandes dessinées par Phil Davis, celles d'avant-guerre.

Publications de Mandrake : dans "Mickey" et aux Editions des Remparts, années 60-70
L'évolution de l'univers du personnage, avec la reprise par Fredericks, a dû suivre celle de la société américaine. Mandrake se retrouve confronté aux délinquants contemporains, à des "vilains" se servant de technologies avancées ; parfois on vire vers la SF basique ou bien certaines aventures frôlent avec du James Bond à la petite semaine… mais les lecteurs suivent tout ça sans trop renâcler…
Mandrake, début années 70 - des ennemis plus terre-à-terre...
"Strip" très typique du style Fredericks
(la plupart ne se rendent même pas compte que parfois, Fredericks est remplacé par d'autres dessinateurs comme Don Heck (au style assez proche, d'ailleurs… mais c'est le lot des "cartoonists" artisans au service quotidien d'un personnage aussi ancien : on ne se soucie pas d'eux !). Mais cela dit, Fredericks fait partie aussi de ces besogneux, qui passent des décennies à dessiner le même personnage, au kilomètre… ! Quelque chose qu'on ne retrouvera plus jamais, vu l'état et l'évolution de la presse...


Dessin de Fredericks pour illustrer…. le disque 33t officiel des aventures de Mandrake !
La fameuse boîte de magie "Mandrake" illustrée elle aussi par Fredericks !
Voilà.
A l'heure où le personnage de Mandrake est totalement perverti par son adaptation à l'univers "super-héros" aujourd'hui devenu l'alpha et l'omega de la culture graphique populaire, et de la culture populaire au cinéma…, je salue le dernier des Mohicans qui a sauvegardé tant bien que mal (en l'adaptant au monde contemporain, même si c'était pas toujours avec le plus grand bonheur) quelque chose de l'élégance du personnage de Mandrake, insondable personnage en cape, sorte de gentleman-magicien dans un univers d'aventures de pacotilles qui aurait conservé un peu de son innocence originelle.


Lien vers une page dédiée à Fred Fredericks, au moment où il prenait sa retraite en 2013 :
https://comicskingdom.com/blog/2015/03/13/news-around-the-kingdom-advice-to-a-young-cartoonist